Anne-Sophie Pic | « Un lycée qui porte son nom c’est fort »

Anne-Sophie Pic | "Un lycée qui porte son nom c’est fort" | www.epicuriendusud.com

Anne-Sophie Pic fait figure d’exception dans la gastronomie internationale. Née en 1969 à Valence, c’est tout naturellement qu’elle décroche la lune en 2007 avec une 3éme étoile au Guide Michelin. Elle demeure aujourd’hui l’unique femme Chef dans ce cas…

Anne-Sophie Pic c’est avant tout la digne héritière d’une dynastie de Chef 3 étoiles Michelin. Son grand-père André dans les années 30, puis son père Jacques en 1973. Auréolée en 2011 du titre de Meilleure Femme Chef du Monde, Anne-Sophie Pic a donné son nom au lycée des métiers de l’hôtellerie et du tourisme de Toulon. Une reconnaissance rare qui n’a pas manqué de toucher cet emblème de la gastronomie tricolore. Elle a accepté de répondre aux questions d’Épicurien du Sud.

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Épicurien du Sud : Chef, quelle est la recette pour s’imposer dans le monde de la gastronomie frappé du sceau de la masculinité ?

Anne-Sophie Pic : Je n’ai jamais fait de différence entre la cuisine des hommes et celle des femmes. Chacun a sa propre émotion à mettre en cuisine. Mon parcours a été particulier puisque je n’ai pas eu à subir de vexation dans d’autres maisons, à une époque ou l’accès aux grandes cuisines était plus restreint qu’aujourd’hui. Par contre cela a été compliqué dans ma propre entreprise, où il y a beaucoup d’hommes en cuisine, qui n’ont pas toujours accepté d’être dirigés par une femme, de surplus une autodidacte. Cependant, en tant que femme, je me suis toujours intéressée aux techniques, en cuisine il ne faut jamais avoir de certitude. Le plus important est de rester soit même, faire valoir son travail et son savoir-faire.

Un lycée qui porte son nom c’est quelque chose d’assez fort…

EDS : C’est une émotion particulière ce lycée toulonnais qui porte à présent votre nom…

A-S. P. : Bien sûr ! Vous savez, on peut avoir des reconnaissances dans son métier, mais un lycée qui porte son nom c’est quelque chose d’assez fort. Cela n’aurait pas pu m’arriver il y a 20 ans, c’est donc la reconnaissance d’une certaine maturité, d’un savoir-faire et de valeurs à transmettre. Il y a dans cette région une richesse de terroirs magnifiques, il y a tout pour bien faire et faire un bon lycée.

Les émissions de télé suscitent des vocations de cuisiniers…

EDS : Est-ce que vous croyez encore en l’avenir de la gastronomie française ?

A-S. P. : Oui. Il y a une grande diversité de chefs, certains de ma génération mais aussi de nouveaux chefs qui ont beaucoup de talent. On peut manger des choses très classiques en France mais aussi des plats plus originaux, plus pointus. C’est cette diversité qui est intéressante.

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EDS : Qu’est-ce que vous pensez des émissions TV culinaires qui se sont multipliées ces dernières années ?

A-S. P. : Elles donnent beaucoup de visibilité à notre métier. Elles suscitent des vocations de cuisiniers puisque c’est un métier de passion, d’efforts, de volonté, d’abnégation et la télévision arrive à retranscrire tout ça. Globalement le bilan est très, très positif.

Le beurre ce n’est pas la cuisine lourde…

EDS : Est-ce qu’une Chef triplement étoilée reste connectée à la réalité de ce que peuvent manger les français au quotidien ? 

A-S. P : Je ne me sens pas du tout déconnectée. Bien sûr nous avons le restaurant gastronomique, mais nous avons aussi le bistrot, l’épicerie, les cours de cuisine. J’ai un contact journalier avec les gens qui cuisinent chez eux tous les jours. J’ai toujours voulu démocratiser la cuisine et non pas rester dans une tour d’ivoire.

EDS : Si Anne-Sophie Pic n’était qu’un seul ingrédient ?

A-S. P.  : Sans hésiter, le beurre ! Le beurre ce n’est pas la cuisine lourde. Si il est bien utilisé, bien dosé, le beurre catalyse les saveurs dans un plat.

EDS : Si Anne-Sophie Pic n’était qu’un seul ustensile de cuisine ?

A-S. P. : C’est nettement plus difficile. Sans couteau on ne peut pas faire grand chose, pour autant pour moi c’est la cuillère qui symbolise véritablement la cuisine.

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Qui se cache derrière Épicurien du Sud ?

Jeremy Capitano est journaliste spécialisé en cuisine, vin et gastronomie. Début 2013, il crée epicuriendusud.com. Il y propose une sélection rigoureuse de restaurants, vins, et produits du terroir qui répondent à la même exigence : la recherche et le partage du plaisir.

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